Le cancer colorectal : mieux le dépister pour mieux le vaincre

Publié le 22 mars 2021 dans Moments Forts, News


En ce mois de mars, mois international de la lutte contre le cancer du côlon, la population belge est invitée à faire le test de dépistage de ce type de cancer, le troisième plus fréquent chez l’homme, le deuxième chez la femme. Il tue chaque année près de 3000 personnes dans notre pays. Le test, gratuit, concerne toutes les personnes asymptomatiques âgées de plus de 50 ans.

Le cancer colorectal se développe sur la muqueuse interne de notre intestin et/ou de notre rectum, sous forme de polypes d’abord bénins (adénomes) qui se transforment ensuite très lentement (souvent au bout d’une dizaine d’années) en cancers. Dans la plupart des cas, c’est la partie terminale du côlon qui est touchée, d’où le nom colorectal On dénombre peu de symptômes particuliers aux premiers stades de la maladie, d’où l’importance d’un dépistage : on fera néanmoins attention à d’éventuelles traces de sang dans les selles, à un changement persistant de leur rythme, à un amaigrissement inexpliqué ou encore à des maux de ventre persistants. 

Les progrès de la recherche

Ce type de cancer est-il causé par notre alimentation (trop de viandes rouges, trop de graisses animales, pas assez de fibres) ? Pour le Professeur Marc Van den Eynde, chef de clinique associé aux Cliniques universitaires Saint-Luc, à Woluwé, et dont les travaux de recherche sont soutenus par le Télévie  « ce n’est pas prouvé ! On parlera plutôt dans ce cas de facteur associé au cancer colorectal. Ce n’est pas comme pour le tabac et le cancer du poumon, où le facteur risque est clairement établi.

Les deux vrais éléments à tenir en compte sont l’âge (plus de 50 ans) et l’hérédité. Dans 25 % des cas, ce cancer trouve ses origines dans notre historique familial. Si l’un de vos proches (parents, frère ou soeur) a souffert de polypes ou d’un cancer colorectal et que vous n’avez pas 50 ans, vous avez tout intérêt à vous faire dépister dès l’âge de 40 ans ». 

L’analyse des gènes des tumeurs colorectales permet de prédire leur évolution ou leur réponse à certains traitements. Les progrès de la recherche ont ainsi permis ces dernières années de mieux stratifier les cancers colorectaux. « Quatre ou cinq sous-groupes de ces adénocarcinomes du côlon ont pu être établis, grâce à l’analyse génétique des tumeurs. Cela permet de mieux personnaliser chaque traitement (chimiothérapie, immunothérapie, thérapie ciblée) en fonction du type de cancer colorectal dont souffre le patient, explique encore le Professeur Marc Van den Eynde. Il y a dix ou quinze ans, on soignait encore tous les cancers colorectaux de la même manière ! L’immunothérapie peut s’appliquer contre un marqueur tumoral connu HER2 (stimulateur de la croissance tumorale)  ou inconnu (On libère les freins des cellules immunitaires et on facilite leur entrée dans le milieu tumoral).

Les promesses de la recherche sont énormes !

En revanche, l’arsenal thérapeutique chimiothérapique a peu évolué par rapport à il y a 15 ans. Les médicaments restent les mêmes dans 90 % des cas. Mais on adapte mieux ces molécules aux sous-groupes définis plus récemment. Donc, les résultats sont quand-même meilleurs ». 

Un impact visible

Grâce aux progrès de la médecine, le nombre de cancers du côlon diminue d’année en année ! De 9715 cas en Belgique en 2014, on est passé à 7860 en 2018. 55% des cas sont constatés chez les hommes. « Tous stades confondus, les chances de survie relative à 5 ans sont aujourd’hui de 72 %, mais de 20% seulement au stade IV, d’où l’importance d’une détection précoce », précise Julie Francart, directrice au Registre du Cancer. « Si par contre, explique Marc Van den Eynde, le cancer est détecté à un  stade précoce, les chances de guérison à 5 ans sont de 90 % ». D’où l’importance du dépistage.

Or, on est encore loin du taux de dépistage souhaité au sein des 50-74 ans. Le test n’est pratiqué que par 11% de la population bruxelloise, et 18 % de la population wallonne, contre plus de 50 % en Flandre. Ce pourcentage devrait idéalement avoisiner les 60 % !

Comment procéder ?

Si vous avez entre 50 et 74 ans, vous êtes censé(e) avoir reçu au moins une fois chez vous un courrier vous invitant à vous procurer un kit de dépistage. Votre médecin généraliste vous le fournira gratuitement lors d’une consultation.

Ce test consiste à prélever vos selles et à les envoyer par la poste dans un laboratoire qui les analysera. Très fiable, ce test immunologique permet de détecter des traces de sang dans vos selles. Dans 97 % des cas, il s’avère négatif. Dans le cas contraire, une colonoscopie est alors pratiquée. Elle permet de trouver d’éventuelles lésions ou polypes qu’il vaut mieux ôter. Si un cancer est diagnostiqué, sa prise en charge sera ainsi plus rapide, et ses chances de guérison accrues. Ce test de dépistage doit être répété tous les deux ans, étant donné la lente évolution du cancer du côlon.

Comment réduire le risque de ce type de cancer ?

Une seule consigne pour le Professeur Marc Van den Eynde : « faites le dépistage tous les deux ans ! C’est le meilleur moyen de réduire le risque. Et ce même si vous ne ressentez rien. Le cancer du côlon est un tueur silencieux. Si vous avez des symptômes, c’est déjà tard ! ».

Et si vous voulez mettre tous les atouts de votre côté, précise le Docteur Anne Boucquiau, directrice médicale de la Fondation contre le Cancer, veillez à adopter une alimentation saine :  augmentez votre consommation de fibres (légumes verts, légumes secs, céréales peu transformées), consommez davantage de laitages.

Evitez le plus possible l’alcool et le tabac. L’association des deux multiplie par 8,6 le risque de cancer colorectal ! Limitez au maximum votre excédent de poids. Enfin, augmentez votre activité physique : c’est prouvé : elle diminue de 18 à 29 % les risques de cancer du côlon.  


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