Cancers ORL : mal rampant méconnu

Publié le 31 mars 2021 dans Moments Forts, News


Les cancers ORL, ou cancers des voies aéro-digestives supérieures, demeurent encore inconnus pour une grande partie de la population. Pourtant, ces cancers touchent à des fonctions essentielles du corps humain comme respirer, parler ou encore s’alimenter. Jean-Pascal Machiels, Président de l’Institut Roi Albert II des Cliniques universitaires Saint-Luc et chef du service d’oncologie médicale et Promoteur de projets Télévie, nous dessine les contours de ce mal encore trop étranger au grand public.

Appelés également cancers « tête et cou », il s’agit de cancers qui rassemblent toutes les tumeurs qui se développent dans les voies aérodigestives supérieures ou ORL (Oto-Rhino- Laryngologie). « Ce que moi j’appelle les cancers ORL, ce sont les cancers qui démarrent au début de la lèvre jusqu’à l’œsophage » nous explique J-P. Machiels. « C’est un groupe de tumeurs assez hétérogènes, car les plus fréquentes, c’est-à-dire 90% des cas, sont des cancers qui sont développés à partir des muqueuses de la cavité orale, du pharynx ou du larynx. » La sphère ORL regroupe différentes séries de cancers, comme les tumeurs des glandes salivaires ou des sinus, mais ce sont des tumeurs plus rares.

« On compte environ 2000 cas de carcinomes épidermoïdes (cancers développés au départ de la muqueuse) en Belgique par an. C’est une tumeur qui se présente souvent par des symptômes locaux. La sphère ORL est au carrefour de ce qu’il faut pour bien parler, bien manger et pour respirer. Ce sont là toutes des fonctions sociales importantes. Les tumeurs dans la bouche ou sur la peau peuvent se voir, il y a donc une notion esthétique importante », rajoute J-P. Machiels. « Quand on a une tumeur située au larynx, pharynx ou à la cavité orale, le taux de guérison est de plus ou moins 60%, si la tumeur est située localement (au-dessus des clavicules) Si les tumeurs sont localement avancées, c’est-à-dire qu’elles font plus de 4 centimètres, qu’elles envahissent les organes adjacents ou qu’il y a des ganglions, nous sommes plutôt à 50%. Pour les patients qui font des métastases, ou qui rechutent après le traitement, ce sont des patients qu’on ne va probablement pas guérir.»

Causes et symptômes

Il existe deux causes principales responsables de ce type de cancers en Belgique : l’alcool et le tabac. « Si vous buvez, vous avez un risque assez important de faire un cancer ORL, mais également si vous fumez. Si vous combinez les deux, alors là, c’est une vraie bombe atomique. Le risque est décuplé, » met en garde le chef du service d’oncologie médicale. « Il existe une autre cause de cancers ORL, qui est principalement située dans l’oropharynx (proche des amygdales et de la base de la langue), et qui peut être due aux virus HPV. Le traitement reste le même, mais le facteur de risque est différent. Il est lié à la fréquence des rapports sexuels, etc. Le pronostic est un petit peu meilleur quand c’est lié à l’HPV. »

Plusieurs symptômes peuvent vous alerter quant à un possible cancer ORL. Cela peut être la douleur, une masse, un saignement, un ulcère qui ne cicatrice pas, une mauvaise odeur dans la bouche ou encore une difficulté pour respirer ou déglutir.

Traitements actuels

En ce qui concerne les traitements pour la cavité orale, le larynx ou le pharynx, deux grands types de traitements peuvent guérir le patient : la chirurgie ou la radiothérapie. « On choisit en fonction du résultat fonctionnel qu’on peut obtenir. Par exemple, si vous avez une tumeur du larynx, et qu’on enlève le pharynx, le patient ne sait plus parler. Il sait vivre, mais pas parler. Par contre, si nous faisons une radiothérapie et qu’on préserve le larynx, le patient saura encore parler après l’opération. On décide donc en fonction de la position de la tumeur, du stade de celle-ci, et de l’expertise des centres, » indique J-P. Machiels. Toutefois, pour les maladies localement avancées, il arrive que les professionnels utilisent les deux modalités. Il arrive par exemple qu’on combine la radiothérapie à la chimiothérapie car celle-ci s’avère alors plus efficace.

Avancées et innovations En juin 2020, une étude australienne a étudié le 1er cas au monde de détection par un test salivaire d’un cancer du pharynx lié au papillomavirus. Les chercheurs ont recherché dans la salive de l’homme de 63 ans de l’ADN viral du HPV de type 16. L’homme s’était porté volontaire et avait accepté de se soumettre à des dosages d’ADN du HPV dans sa salive et ce durant 36 mois au total. « Si les techniques sont bonnes, on peut détecter un bon pourcentage de cas. Attention cependant, dans la salive, si la tumeur est localisée dans l’hypopharynx, le taux de réussite va être beaucoup plus faible, » précise J-P. Machiels.

« Nous étudions différents points de recherche importants. Premièrement, les chercheurs essaient de trouver une solution pour diminuer la toxicité des traitements et comment garder un bon état fonctionnel tout en la diminuant. Nous étudions également la caractérisation moléculaire de la maladie et l’immunothérapie, bien entendu »  ajoute-t-il.

Financement des recherches

« Comme ce n’est pas un cancer du sein, de la prostate ou du colon, cela intéresse moins malheureusement. Le Télévie subventionne mes projets de recherche sur les cancers ORL, » nous explique J-P. Machiels. Son équipe travaille actuellement sur deux projets Télévie. Le premier étudie la médecine personnalisée. « On pratique des biopsies de la tumeur des patients, et en fonction des anomalies génétiques observées, on en déduit le type d’altération fonctionnelle qui rend les cellules cancéreuses et on choisit le médicament qui vise à remédier à cette altération. On choisit donc le traitement en fonction de l’anomalie génétique constatée. » Le deuxième projet, a pour but de caractériser la maladie en fonction de ces biopsies et de mieux comprendre les succès et échecs de l’immunothérapie.

Manque de visibilité

Encore aujourd’hui, les cancers ORL sont mal connus dans la population, et J-P. Machiels déplore ce manque de visibilité : « Selon moi, il y a toute une prévention à faire, notamment vis-à-vis de l’alcool et du tabac. Je crois que la maladie étant mal connue, il y a peu d’intérêt de la part des médecins, et les gens ne consultent pas spontanément. Il faut absolument une meilleure conscientisation sur les méfaits de l’alcool, du tabac et des maladies sexuellement transmissibles. C’est crucial. »


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