La reprise du travail : un moteur puissant, des freins importants

Publié le 29 juin 2021 dans Moments Forts, News


Travailler, reprendre son activité et le fil des relations avec ses collègues, constitue une grande source d’énergie pour les patients professionnellement actifs qui se remettent d’un cancer. C’est ce que révèle une enquête récente et que confirme Marc Giambrone, un serial entrepreneur pour qui le cancer a profondément modifié la définition d’une carrière réussie.

L’ASBL Travail et Cancer a pour mission de sensibiliser l’opinion publique aux questions de retour au travail après un cancer. Aujourd’hui, elle livre les résultats d’un sondage réalisé auprès de plus de 400 patients, principalement des femmes, tous professionnellement actifs et dont la moitié n’est plus en phase de traitement. Outre le fait que le cancer ait fondamentalement bouleversé leur vie, il a aussi profondément transformé leur rapport au travail.

Vie d’après et nouvelles ressources intérieures
90% des patients interrogés ne retrouvent pas leur vie d’avant après les traitements. Paradoxalement, 88% de ceux-ci se sont découvert de nouvelles ressources intérieures jusqu’alors insoupçonnées. « Forcément, un cancer, ça change tout ! Je ne suis plus le même », réagit Marc Giambrone.
Lorsque ce quadra dynamique apprend qu’il est atteint d’un cancer du poumon fin 2017, il vient de signer un contrat avec d’importants enjeux. « Ce projet représentait l’aboutissement d’un travail de plusieurs années auquel j’avais consacré toute mon énergie et mes finances. Quand ils ont su que je souffrais d’un cancer, les investisseurs m’ont lâché et j’ai dû revendre mes parts de l’entreprise. J’ai été littéralement abattu. Pour eux, j’étais déjà mort. Je suis heureux d’avoir pu leur prouver qu’ils avaient tort. Et aujourd’hui, je me sens encore plus fort. Je n’ai plus peur de rien. »

Pour Marc, comme pour 8 patients sur 10, l’expérience de leur cancer les aide au quotidien dans leur vie professionnelle car ils ont acquis une meilleure connaissance d’eux mêmes.
« Dans mon cas, ce cancer m’a permis de relativiser beaucoup de choses. Je me pose moins de questions, je vis l’instant présent et j’agis en conséquence. Pour mon épouse, c’est plus difficile. Non seulement, elle m’a accompagné tout au long du traitement, dans les moments de faiblesse, et elle doit aujourd’hui faire face à mon trop-plein d’énergie, à ma boulimie de projets. »
En effet, au niveau émotionnel, la plupart des patients (88%) réalisent qu’ils ont aujourd’hui des besoins différents. « En tant qu’indépendant, le boulot et le privé se rejoignent immanquablement. Du coup, la famille encaisse sur les deux plans, concède Marc. Je me sens parfois coupable d’infliger cette pression à ma femme et à mes enfants, Inès (18 ans) et Mathis (13 ans). »

Après la maladie, 87% des personnes interrogées expriment leur souhait de changer de job. Marc n’échappe pas à cette règle. « Plus qu’avant, je ressens le besoin de laisser une trace, d’assurer l’avenir de mes enfants et qu’ils soient fiers de moi. Je me suis notamment lancé dans un projet dont le but est de sauver des vies en aidant les enfants à détecter les odeurs dangereuses de certains gaz, ce qui constitue un nouvel objectif que je n’avais pas nécessairement avant de vivre ce cancer. »

Un levier vers une nouvelle vie
« Malgré toutes les difficultés auxquelles ils ont été confrontés à travers la maladie, on remarque que la plupart des patients mettent finalement en avant les enseignements
positifs que cette expérience du cancer leur a appris
», explique Magali Mertens, ancienne patiente elle-même et fondatrice et secrétaire générale de l’ASBL Travail et Cancer. Pour la plupart des personnes interrogées, le travail reste un pilier important pour cette transition vers leur nouvelle vie.

L’enquête révèle également que la plupart des patients (82%) n’étaient pas au courant des effets secondaires, comme la fatigue et les problèmes de mémoire. « Je ne peux pas le nier, j’ai parfois des coups de barre, avoue Marc. Je n’ai absolument pas peur de le dire et mon entourage se montre compréhensif. S’il y a bien une chose que ce cancer m’a apprise, c’est de ne pas me poser trop de questions. Cela rend anxieux et c’est une émotion dont je me passe bien ! »

Un message à transmettre ? « Forcément, quand un cancer vous tombe dessus, vous basculez dans l’univers médical, avec une montagne de données scientifiques à appréhender. Au-delà des informations sur la maladie qui me touchait, j’aurais sans doute apprécié être soutenu davantage, ainsi que ma famille, sur les plans professionnel et émotionnel. En plus du médical, l’entourage et le travail comptent énormément dans le processus de guérison. Il faut aussi en prendre soin»
Une situation difficile à vivre, particulièrement en ces temps de pandémie.
Catherine Frennet


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