Anaïs, une battante

Publié le 25 novembre 2021 dans Moments Forts, News


« C’était le 7 novembre 2006 ! ». Anaïs s’en souvient très bien. Elle n’avait que 9 ans, mais depuis quelque temps la fillette était plus vite fatiguée, elle courait moins vite lorsqu’elle jouait au basket à Flémalle. Même sa sœur cadette de 3 ans, Manon, la dépassait. « Je mangeais beaucoup moins, j’étais pâlotte. Mes bleus en jouant au basket ne disparaissaient pas au bout d’un mois. »


La prise de sang révèle la terrible vérité. On la lui annonce à l’hôpital, où la jeune fille et ses parents sont appelés en urgence. C’est une leucémie myéloblastique aiguë.
« Je ne connaissais pas ce terme-là. Sur le moment, ça ne m’a pas choquée. Mais quand j’ai vu ma mère sortir de la salle en hurlant “Pourquoi, pourquoi ?”, quand j’ai vu mon père tomber en arrière de sa chaise, victime d’une chute de tension, j’ai réalisé que ce que j’avais n’était pas une maladie bénigne. C’est par après, en posant des questions à mes parents que j’en ai vraiment compris la gravité ».

Onze jours dans le coma
Hospitalisée en chirurgie oncologique à la Clinique de l’Espérance, à Montegnée, Anaïs subit 4 chimiothérapies en un peu moins d’un an. À la quatrième, une infection touche tous ses organes, avec une décompensation cardiaque. Pour soulager son coeur, les médecins la placent dans le coma. Il durera 11 jours. « Plusieurs fois, mes parents ont cru que je n’allais pas me réveiller. J’ai dû ensuite réapprendre à manger, à marcher. C’était vraiment comme une deuxième naissance ! ».
La perte de ses cheveux affecte particulièrement la fillette. « Petite, je voulais une longue chevelure, comme Barbie. Chaque fois qu’on me les coupait, c’était un choc. Mais je me sentais très soutenue. Mes parents m’avaient offert un GSM, bien avant mes 12 ans. Mes copines venaient me voir, je faisais des Skype avec ma classe. Je me sentais malade ». Le soutien de ses proches et le traitement administré portent leurs fruits. Anaïs est même déclarée guérie. Et pourtant…

Une rechute inattendue
À 18 ans, trois jours avant son voyage de fin de rhéto, l’adolescente apprend qu’elle fait une rechute de la maladie. Un cas rarissime. Un véritable drame pour elle. « J’ai dû enlever les bikinis de ma valise et les remplacer par des pyjamas. J’ai tout de suite réalisé que j’allais encore perdre mes cheveux, être de nouveau quelqu’un de différent ». Anaïs a beau être préparée à subir ce deuxième assaut de la maladie, elle s’inquiète auprès des médecins. « Vais-je mourir ? Serai-je encore capable de passer par la petite porte ? » À cela, pas
de réponse.
Cette fois, les chimiothérapies s’accompagnent d’une greffe de cellules souches, pour être sûr d’éradiquer complétement la leucémie.
Anaïs est alors traitée au CHU de Liège, dans un monde d’adultes. Un nouveau choc pour l’adolescente. « D’emblée, on m’annonce la couleur : le risque d’attraper d’autres cancers suite à la greffe, plus question de laisser un de mes parents dormir près de moi, plus de basket pendant un an, plus de sorties, plus question de voir mes copines sans masque. Moi qui m’apprêtais à rentrer à l’université… »
À la place, elle passe cinq semaines en unité stérile. S’ensuit une longue convalescence. Au début, Anaïs avale 32 médicaments par jour. Petit à petit, elle regagne de l’immunité. Ses contraintes s’allègent. « Une petite victoire à chaque fois dans ce long combat ».

Enfin guérie
Depuis le 5 octobre, la jeune femme est complètement guérie. Mais elle y pense encore tous les jours. « Depuis mes 9 ans, la leucémie a toujours fait partie de moi. J’y pense très souvent, sans forcément être triste, parfois avec fierté aussi ». Aujourd’hui, elle a décidé de vivre à 200 à l’heure. « Il faut me suivre, parce que j’ai toujours de nouveaux projets. J’ai repris le basket à un bon niveau. Comme mon copain Alexandre, j’espère être diplômée
cette année des Hautes Études Commerciales de Liège, et travailler plus tard dans le domaine de la logistique. On rêve de s’installer à deux, de se marier et d’avoir des enfants.
Comme tous les étudiants. Je veux profiter de la vie à fond ». Le long combat d’Anaïs s’est émaillé de nombreuses rencontres, qui l’ont aidée à reprendre le dessus, comme celles de Marie-Hélène, Lara et Christelle, frappées elles aussi par le cancer. Les deux premières
n’ont pas eu la chance d’Anaïs, qui en parle encore avec émotion. La troisième subit actuellement une rechute de la maladie. Aujourd’hui, la jeune femme se pose des questions : « Pourquoi elles ? Pourquoi ai-je survécu et pas d’autres enfants comme moi ? ».

Grâce au Télévie
Mais la jeune femme tient aussi à remercier ses parents et ses grands-parents qui l’ont entourée de leur amour tout au long de la maladie, et remercier tous les bénévoles qui se dépensent sans compter pour la cause du Télévie. Une cause indispensable pour faire évoluer la recherche : « Je l’ai bien remarqué, huit ans plus tard : les soins évoluent. Des médicaments horribles à avaler ne le sont plus maintenant. On prend moins de pilules qu’avant. Les protocoles sont plus clairs. On sait mieux où on va.
Quand j’ai appris que j’avais la leucémie, j’avais plus ou moins 70 % de chances de survivre. Huit ans plus tard, lors de ma rechute, ce taux était monté à 85 %. Et ma guérison fait
encore augmenter les statistiques ! », dit Anaïs en souriant.
Un vrai message d’espoir de la part de cette jeune femme dont le principal rêve aujourd’hui peut surprendre : « Je rêve tout simplement de mener une vie normale. Être
en bonne santé, avec sa famille, son amoureux, c’est une chance ! On ne s’en rend pas forcément compte ».


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