Amandine Briquet : « Il faut y croire ! »
Publié le 26 mai 2026 dans Moments Forts
La lettre qu’Amandine Briquet a envoyée au Télévie.News pour proposer son témoignage datait du premier semestre 2024. Nous avons voulu savoir pourquoi cette jeune femme de 28 ans avait attendu ses 30 ans pour partager son vécu.
« Cette lettre, je l’ai commencée aux soins intensifs et terminée après mon retour à la maison, explique Amandine Briquet. Je voulais donner à d’autres l’envie de se battre, mais pas avant d’être sûre que la guérison était possible. Aujourd’hui, je suis en rémission complète. Et prête à raconter mon expérience. Parce qu’il ne faut jamais perdre espoir ! »
De l’amour et des rires
À 28 ans, Amandine, employée administrative à l’hôpital de Marche, est parfaitement heureuse. Son amour de jeunesse, Kévin, est devenu son compagnon, ils viennent d’emménager dans la maison de leurs rêves, ils ont deux petites filles de 3 et 7 ans, « J’avais devant moi une vie pleine d’amour et de rires ». Le signal d’alarme, c’est une petite coupure dans la bouche, lors d’une séance chez son dentiste. « Elle s’est infectée, j’ai développé des aphtes, et puis mes gencives se sont mises à gonfler. Mon médecin m’a donné des antibiotiques, ça s’est arrangé, et puis ça a recommencé. Je ne parvenais plus à manger normalement, et j’étais très fatiguée. Jusqu’au jour où – un samedi – je n’ai pas réussi à me lever. J’ai dit à Kévin : ‘Emmène-moi aux urgences’ ! »
Leucémie
À ce stade, Amandine n’est pas encore vraiment inquiète – plutôt intriguée. Mais une simple prise de sang va tout changer. « En début d’après-midi, un infirmier est venu nous trouver. De toute évidence, il n’avait pas beaucoup d’expérience, en tout cas en communication. Il m’a dit : “ Voilà, je n’ai pas une très bonne nouvelle, vous avez une leucémie ”.» Le jour même, elle est transférée en ambulance au CHU de Liège. « Personne ne m’a rien expliqué. J’étais tellement choquée que je n’ai pas pu téléphoner à mes filles, ni à ma mère : c’est Kévin qui a dû s’en charger. Mais, aussitôt à Liège, j’ai appris que je souffrais d’une leucémie aiguë myéloblastique, une des plus dangereuses, et que je n’avais aucune chance de m’en sortir sans une greffe de moelle osseuse. »
Sans vous…
Son frère n’étant pas compatible, ses médecins cherchent – et trouvent – un donneur anonyme. « Je pense souvent à lui. Si je suis encore là, c’est parce qu’il s’est dit un jour : “Tiens, je donnerais bien ma moelle”. Si peu de chose pour lui, mais pour moi, la vie même ! Je lui ai d’ailleurs écrit une lettre de remerciement, que j’ai confiée à mon oncologue. Pour lui dire : “Sans vous, je ne pourrais pas voir mes filles grandir !” » En attendant la greffe, retardée par une maladie de son donneur, elle alterne rendez-vous à l’hôpital et séjours à domicile. « J’étais à la maison sans vraiment y être. C’était dur pour mes filles, parce que je n’étais plus tout à fait la maman dont elles avaient l’habitude… » Elle leur dit au revoir, en leur promettant de leur parler tous les jours en visio, avant d’être admise dans une unité stérile. « Je leur souriais, pour les rassurer, et aussi, je l’avoue, parce que je ne voulais pas regarder la réalité en face. Je voulais vivre – pour elles. Alors, je me suis protégée, je n’ai jamais lâché mon petit bouclier. »
L’anniversaire de Maman
La veille de la greffe, cependant, le 19 février 2024, « c’est la cata ! Je fais un choc septique, à cause d’une bactérie dans mes intestins, et les médecins décident de me plonger dans le coma. Je ne voulais pas, mais ils ne m’ont pas laissé le choix ! » Elle ne se réveille que trois semaines plus tard.« Sur le mur, en face de moi,il y avait une horloge, avec la date. J’ai lu “8 mars”, et je me suisdit, c’est impossible, le 5 c’était l’anniversaire de Maman, je ne le lui ai pas souhaité… » Elle apprend que la greffe a été pratiquée pendant son coma, et qu’elle a pris. Mais elle se découvre aussi pratiquement incapable de parler, à cause de l’intubation, et aussi de bouger,« à part deux ou trois doigts, à cause de l’atrophie musculaire due à mon coma prolongé. J’aurais pu m’affoler, mais je n’ai pas lâché mon bouclier. J’avais des hauts et des bas, bien entendu, mais mon idée dominante, c’était guérir, guérir, guérir ! »
Mon petit bouclier
Transférée au centre de revalidation de Fraiture, « j’ai eu du mal à récupérer la force nécessaire… Est-ce que j’allais pouvoir remarcher ? En fin de compte, j’ai quitté Fraiture, contre l’avis des médecins, avant d’avoir retrouvé la maîtrise totale de mon corps : je parvenais tout juste à me mettre debout, mais je voulais rentrer chez moi. Je sentais que c’était ça qu’il me fallait. Parce que les médecins savent beaucoup de choses, mais parfois, c’est le patient qui sait mieux… » La ponction qu’elle a subie à la fin de sa première année de greffe a confirmé son intuition : « Plus aucune cellule cancéreuse ! J’ai enfin pu déposer mon petit bouclier, et fêter mes 30 ans en même temps que ma rémission ! » Même si le chemin est encore long – « Mon système immunitaire a besoin d’être stimulé, et je dois refaire tous mes vaccins ! » – elle tient à le répéter : « S’en sortir, et ensuite se reconstruire patiemment, avec l’aide de sa famille et de ses amis, c’est possible. Il faut y croire ! »
Marie-Françoise Dispa

















