Marc Vidal, un biologiste cartographe
Publié le 2 juillet 2026 dans News
Professeur de génétique à la prestigieuse Université de Harvard, aux États-Unis, Marc Vidal est un homme passionné. Spécialiste de biologie moléculaire, ce chercheur de renommée internationale prend aujourd’hui la suite d’Arsène Burny à la présidence de la Commission scientifique du Télévie. Une façon de boucler la boucle alors que ce dernier lui a transmis la passion de la génétique, il y a près de 40 ans.
Tout est parti d’une simple levure de bière. Étudiant en agronomie à la faculté de Gembloux, aujourd’hui AgrobioTech, Marc Vidal n’avait guère d’idée pour son futur. « Lancé sur la voie de l’agriculture, avec dans l’idée de partir en Afrique, je me destinais surtout à étudier des questions très pratiques, comme le rendement d’un champ de blé », se souvient-il aujourd’hui.
Seulement voilà : son professeur de génétique d’alors est un certain Arsène Burny. « L’écouter était passionnant, raconte Marc Vidal. Son enthousiasme pour la biologie moléculaire et la génétique a réveillé en moi quelque chose, et j’ai eu la note maximum à son cours alors que j’étais un étudiant moyen. »
Il fallait plus, cependant, qu’un simple cours de génétique pour que Marc Vidal renonce à ses rêves d’ailleurs. Le moment décisif a eu lieu en 1984. Pour son mémoire de fin d’études, Arsène Burny le convainc en effet de rencontrer François Hilger, un chercheur qui travaillait à Gembloux sur les levures. « Il m’a invité à travailler dans son laboratoire durant l’été, ce qui m’embêtait beaucoup, car je devais faire la moisson !, s’amuse le chercheur. Et puis je dois dire aussi que de prime abord, je n’avais aucune connaissance du monde scientifique. Je ne me voyais absolument pas en homme d’intérieur, à travailler dans un laboratoire avec des boîtes de pétri. Pourtant, dès les premières expériences sur les levures, j’ai été fasciné. »
Marc Vidal se décide alors à préparer une thèse de doctorat, avec un financement de l’IRSIA (correspondant aujourd’hui à une Bourse FRIA du FNRS). L’idée de découvrir le monde lui trotte toujours dans la tête, et il choisit, lorsque l’occasion se présente, de passer quelques mois à Chicago, aux États-Unis. Il finira par y rester… plus de trois ans ! « J’ai découvert deux gènes de levure impliqués dans la régulation de l’expression d’un grand nombre d’autres gènes, décrit-il. Or, sans le savoir, nous avions mis le doigt sur un mécanisme majeur de l’épigénétique ! »
En effet, cinq ans plus tard, en 1996, ses travaux feront écho à d’autres et feront exploser ce champ de recherche si crucial pour la compréhension de la génétique.
Cartographier le cancer
À la fin de sa thèse en 1991, Marc Vidal décide pourtant d’élargir ses connaissances. Il s’éloigne de la régulation du génome pour se pencher sur les mécanismes génétiques du cancer. Avec l’aide d’une bourse Télévie, il s’intéresse notamment à une protéine impliquée dans le rétinoblastome, un cancer de l’œil, et repart pour les États-Unis, cette fois-ci à Boston, où il travaille toujours. « Mais au lieu de m’éloigner de mon intérêt de départ, je découvre que la protéine que j’étudiais était en lien direct avec un des gènes que j’avais étudiés pendant ma thèse ! s’exclame-t-il. C’était comme partir à l’autre bout du monde et, en arrivant à l’aéroport, tomber sur une vieille connaissance. »
Face à ce grand écart, Marc Vidal a eu un réflexe qu’il attribue à sa formation initiale d’ingénieur agronome, qui souhaite voir clair dans son objet d’étude : « Il me fallait une carte, résume-t-il. En effet, nous savions que les gènes produisent des protéines qui interagissent entre elles, explique-t-il. Mais qui interagit avec qui, de quelle manière, tout cela était pour nous une boîte noire dans laquelle nous tâtonnions. » Et c’est cette carte, que l’on nomme aujourd’hui l’interactome, c’est-àdire l’ensemble des interactions entre les protéines d’une même cellule, qu’il a patiemment contribué à établir pendant plus de 30 ans, et qui lui a valu une telle renommée internationale.
Aujourd’hui directeur du Center for Cancer Systems Biology au Dana-Farber Cancer Institute de l’Université de Harvard, Marc Vidal a publié dans de nombreuses et prestigieuses revues scientifiques ses résultats de recherche, si importants pour la compréhension du cancer : « Prenons l’exemple du cancer du sein. Même lorsqu’une femme est porteuse d’une mutation donnée dans le gène BRCA1 et qu’elle a 80% de chances de développer un cancer du sein ou de l’ovaire, elle a aussi 20% de chance de rester en bonne santé, soit 1 sur 5 ! Cette probabilité trouve en grande partie sa source dans la façon dont les protéines interagissent à l’intérieur des cellules mammaires. Il est donc primordial de cartographier ces interactions pour pouvoir prédire avec plus de certitude les risques pour les patients. »
« Il faut voir cela comme Google Maps, illustre-t-il. Une vue d’ensemble permet de planifier sommairement votre itinéraire. Mais une carte plus précise, permet de prédire les bouchons et les travaux sur le chemin. »
Bien qu’expatrié aux États-Unis, Marc Vidal a toujours gardé des liens nombreux avec la Belgique, à commencer par le Télévie et la Commission scientifique, dont il est désormais Président. « Cette commission consiste à sélectionner les recherches qui ont le plus de chances d’avoir in fine un bénéfice pour la santé des patients, dévoile-t-il. Je songe souvent que les dons qui vont financer ces recherches ont été faits avec le cœur, et il est important que nous fassions attention à ce que cet argent soit bien dépensé. »
Thibault Grandjean

















