Le microbiote, un allié contre le cancer
Publié le 2 juillet 2026 dans News
Notre corps est l’hôte d’un nombre vertigineux d’organismes en tout genre que l’on nomme le microbiote. Loin d’être un ennemi, ce dernier dialogue avec notre corps et affecte profondément l’apparition et la progression de nombreux cancers.
Pendant longtemps, notre corps était considéré comme une forteresse à protéger des agresseurs comme les bactéries, virus et champignons… Et pourtant, si cette affirmation est vraie, elle est aussi fausse ! Partout sur notre peau, dans notre bouche et nos intestins vivent quantité d’organismes très utiles, que notre corps non seulement tolère, mais avec lesquels il interagit aussi en permanence.
Sans doute en raison de sa taille, le microbiote présent dans notre intestin est celui qui a reçu le plus d’attention. « La recherche a montré que ces bactéries n’étaient pas juste des hôtes de passage, mais qu’elles dialoguaient entre elles et avec notre corps, raconte Patrice Cani, Professeur à l’UCLouvain et spécialiste du microbiote intestinal. Ainsi, en plus de contribuer à notre digestion, le microbiote intestinal renforce la barrière intestinale, et régule notre système immunitaire. Il s’agit réellement d’un écosystème propre à chacun d’entre nous. »
Et, comme tous les écosystèmes, son équilibre et sa diversité peuvent être perturbés. « Notre alimentation joue pour une grande part dans la composition de notre microbiote, indique le chercheur. Les fibres alimentaires, ou les différents types de graisse par exemple, vont avoir des effets très différents, qui peuvent augmenter la diversité et la richesse du microbiote, ou au contraire l’appauvrir. »
Si la recherche a mis en évidence qu’un microbiote pauvre ou déséquilibré contribue au développement de maladies métaboliques, comme le diabète ou l’obésité, qui sont elles-mêmes des facteurs de risque de développer un cancer, les mécanismes en jeu ne sont pas encore entièrement connus. C’est pourquoi le Télévie, mais aussi le FNRS et le WEL Research Institute*, financent plusieurs thèses sur le sujet.
« On constate que l’obésité et le cancer se renforcent mutuellement, notamment en raison d’une inflammation chronique de l’intestin, révèle ainsi la Professeure Bénédicte Jordan, Directrice de recherches FNRS à l’UCLouvain. Cette inflammation concourt à l’apparition des cancers liés au tractus gastrointestinal, comme celui du côlon, de l’estomac ou encore du foie, mais aussi de cancers moins évidents, comme les cancers du sein ou de la prostate. Nos recherches ont ainsi montré que les tissus adipeux, qui stockent les graisses, sécrètent des hormones qui contribuent à l’apparition du cancer. »
Des liens complexes
En plus de favoriser leur développement, le microbiote intestinal peut également jouer un rôle important dans la progression du cancer. « Nous avons ainsi mis en évidence que ces hormones accéléraient le développement de la maladie, voire l’apparition de métastases, notamment dans le cas du cancer du sein triple négatif, dévoile Bénédicte Jordan. Et actuellement, nous sommes en train de montrer que le mélanome, le cancer de la peau, va progresser plus vite et moins bien réagir au traitement chez les personnes obèses. »
« Il semblerait que l’intégrité de la barrière intestinale joue également un rôle, renchérit le Pr Cani. En présence d’un microbiote appauvri, cette barrière est moins étanche, et certaines molécules toxiques produites par les bactéries pénètrent dans la circulation sanguine et peuvent provoquer des dégâts à distance. »
Enfin, le microbiote joue un rôle important dans la régulation du système immunitaire, et donc dans le développement et la progression du cancer. « De nombreuses bactéries intestinales sécrètent des molécules qui vont pousser les cellules de l’immunité à protéger l’hôte du développement de certains cancers, explique le chercheur. À l’inverse, un microbiote déséquilibré, ou qui présente une certaine population de bactéries, est susceptible de rendre le système immunitaire aveugle, et ainsi de laisser les cancers se développer. »
Cependant, bien qu’il soit possible pour les patients d’agir sur la santé de leur microbiote, le Pr Cani met en gardecontre toute solution miracle. « Il n’existe actuellement pas de consensus scientifique pour privilégier un régime excluant certains nutriments comme le sucre. En revanche, un régime équilibré, tel que la nouvelle pyramide alimentaire proposée par le Conseil Supérieur de la Santé, avec par exemple 300g de légumes par jour, pas plus de 300g de viande rouge par semaine, ou encore la préférence des céréales complètes, est à privilégier. »
« Les régimes extrêmes sont à bannir, abonde Bénédicte Jordan. En revanche, et même si tous ne sont pas équivalents, avec des effets variant d’un patient à l’autre, la prescription de certains prébiotiques, comme les fibres alimentaires, ou certains probiotiques pourrait permettre de mieux supporter les séances de chimiothérapie en diminuant les effets secondaires comme les diarrhées. Une approche au cas par cas est nécessaire, mais il peut s’agir d’un facteur clé de la guérison. »
Thibault Grandjean


















